Haiti en Scène
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La presse parle de nous

Et la lumière fut sur Port-au-Prince


Le stade Sylvio Cator a été pris d'assaut hier par une jeunesse qui a porté à bout de bras un spectacle de chant et de danse aux allures de petit miracle.

 

Dans un pays qui a perdu 68 % de son PIB dans le séisme et dont la capitale a été détruite aux trois quarts, ce qui s'est passé hier soir au stade Sylvio Cator de Port-au-Prince est un petit miracle. Un miracle opéré par une jeunesse remplie de talent qui a porté à bout de bras un spectacle de chant et de danse, en commémoration du séisme, mis sur pied par Haïti en scène, le plus gros employeur d'artistes du pays.

Accompagnés par un orchestre, près de 600 jeunes sinistrés du séisme entraînés durant les trois derniers mois par de jeunes talents de 25 ans et moins issus de cette organisation franco-haïtienne ont envahi la pelouse synthétique du stade de 17 000 personnes pour offrir une émouvante prestation sous la forme d'un conte musical.

Financée notamment par la Croix-Rouge canadienne et française ainsi que la première dame, la Cité des lumières est une fable sur la résurrection, où une reine, affaiblie par la mort du roi, doit retrouver la lumière, symbolisée par les enfants habillés de couleurs vives. On n'y parle d'Haïti et du 12 janvier qu'à travers une allégorie.

«Le message est que tout le monde peut briller avec sa lumière», explique Dentha, la chorégraphe d'Haïti en scène. Y compris, et surtout, les Haïtiens. «Et la jeunesse d'ici, c'est la lumière.»

Il est vrai qu'Haïti est un pays très jeune, l'espérance de vie étant d'à peine plus de 60 ans. Aujourd'hui, plus de la moitié de la population haïtienne est âgée de moins de 21 ans et environ 30 % est âgée de 15 à 25 ans, selon l'un des derniers rapports de l'Enquête mortalité, morbidité et utilisation des services au pays (EMMUS).

Certes, la reconstruction est impensable sans eux, estiment les instigateurs du projet qui devait initialement se tenir le 12 janvier, mais qui a finalement été retardé de quatre jours.

L'art comme appui psychosocial

L'automne dernier, en réaction au tremblement de terre, Haïti en scène a converti sa mission de développement social en un objectif d'appui psychosocial. «Avant, on aidait des artistes haïtiens à se professionnaliser et à se lancer», explique Bertrand Labarre, fondateur en 2005 de l'organisme qui est venu plus d'une fois au Québec présenter notamment sa version de Starmania à la Tohu. «On a d'abord intéressé la Croix-Rouge à notre démarche d'appui psychosocial dans les camps pour qu'ils nous aident à transformer nos artistes en moniteurs et à faire en sorte qu'ils deviennent des outils d'art-thérapie», poursuit-il. «Ensuite s'est greffée une conversation avec l'ambassadeur de France et la première dame. Alors, on s'est dit, pourquoi ne pas faire un grand spectacle qui sera un point majeur des commémorations entourant le séisme?»

Sadly Antenor est un jeune journaliste qui s'est recyclé en moniteur de chant et de théâtre pour Haïti en scène après le séisme. «Pour moi, c'est important de travailler avec les jeunes, car ça crée des liens entre nous et des lieux de rencontre», souligne-t-il.

Pour Bertrand Labarre, ce genre d'initiatives participe à la reconstruction du vernis civilisationnel. «Après le séisme, on sait qu'il y a eu beaucoup de violence fondée sur le genre. Les gens sentent qu'ils n'ont aucun avenir, comme s'ils allaient tous mourir. Ils sentent qu'ils doivent faire tout ce qu'ils n'ont pas fait, y compris se libérer de la violence contenue», soutient-il. «On n'a pas l'ambition de changer Haïti, mais on peut peut-être conduire le pays ne serait-ce qu'un millimètre dans la bonne direction. C'est déjà pas mal.»

Les attentes étaient grandes, presque autant que les impondérables dans cette capitale ravagée. Mais sous les applaudissements du public, le conte musical s'est terminé sur une bonne note, sans grand problème technique. Et la lumière fut.

 

Lisa-Marie Gervais 17 janvier 2011 Actualités internationales

« La cité des lumières » : un lieu de thérapie




Haïti: « La cité des lumières » est le titre du nouveau spectacle d'Haïti en scène, mis en scène par son directeur fondateur Bertrand Labarre, qui a été présenté, dimanche 16 janvier, au stade Sylvio Cator. Dans ce spectacle ont joué quelques trois cents jeunes, issus de treize camps d'hébergement de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Dans le cadre du montage du spectacle, ces jeunes ont participé, durant trois mois, à des ateliers de chants, de danse et d'expression théâtrale.

En effet, danse, expression théâtrale, chant, musique, se sont mariés dans le cadre du spectacle « La cité des lumières ». Un titre très métaphorique, porteur d'histoire, celle de l'Antiquité, et de mythologie. Cette lumière est à peine évoquée par la couleur jaune doré des costumes de celle qui incarne la reine et de ses dignitaires. Le décor de lumières n'existait pas, car le spectacle a été présenté en plein après-midi sur la pelouse du stade Sylvio Cator. A travers les textes, les comédiens d'Haïti en scène n'arrivaient pas non plus à faire voir, ni sentir cette lumière.

Le metteur en scène a réussi à créer l'atmosphère du royaume vers lequel il conduit le spectateur, à travers une procession de personnages défilant dans leurs costumes majestueux.

Il y a eu surtout une alternance de scènes de désolation, de détresse, de panique, de frayeur, de violence, et de gaieté, de récréation entre les jeunes. Les mauvais moments se traduisent surtout par les courses d'affolement. Mais, rien dans la gestuelle du visage ne dit la douleur, ni la désolation, sentiments éprouvés par des milliers d'Haïtiens et de sinistrés au cours des minutes, des heures, voire des jours suivant la catastrophe du 12 janvier. Les malheurs qui s'abattent sur le pays, comme les inondations, les ouragans, les tempêtes, sont évoquées à travers un montage sonore imitant les bruits d'orage, de clapotement des eaux de pluies.

Le spectacle « La cité des lumières » est conçu à partir de 16 chansons, de styles rock, R&B, reggae. Certaines compositions ont pour base les rythmes yanvalou et compas direct. Parmi ces chansons, six sont tirées des comédies musicales, « Roi lion », « Cindy », « Les misérables », dont certaines scènes apparaissent dans ce nouveau spectacle. En témoigne le tableau des courses sur la pelouse. Une scène déjà vue dans le spectacle présenté en décembre 2009, au stade Sylvio Cator.

« La Cité des lumières » devra être le rêve de tout Haïtien pour son pays qui se remet à peine de la catastrophe du 12 janvier, dont s'inspire le spectacle. Les jeunes des camps, comme bon nombre de leurs compatriotes, s'y reconnaissent et découvrent leur aspiration : le vivre ensemble dans une cité où règnent la justice, l'esprit de progrès, la lumière. Pour Chroono Lamarre, un résident du camp Centre Dadadou, « ce spectacle montre que nous pouvons nous unir ». C'est là que réside le grand pari du spectacle : apprendre aux jeunes à se connaître, à se découvrir leurs propres talents, à aussi espérer qu'un jour le changement de ce pays viendra.

Loin d'être une véritable oeuvre de création, « La Cité des lumières » apparaît comme une thérapie, notamment pour ceux qui continuent de vivre les séquelles du 12 janvier.




Chenald Augustin

Festival d'été de Québec

 

Revue de presse d'Haiti en Scene lors de son passage à Québec en juillet 2010.

 

Cyberpresse Haïti en scène: la musique comme porteuse d'espoir /Le Festival d'été solidaire d'Haïti
Canoe : une ouverture réussie serge Drouin
Le Devoir : Festival d'été de Québec - Un défilé de vedettes et une pensée pour Haïti
Le Journal de Québec : Des miraculés haïtiens sur les Plaines

 

Extrait : « Le coup de cœur de la soirée est sans doute décerné à la troupe Haïti en scène qui a chanté quelques-uns des airs les plus connus de cet opéra rock de Luc Plamondon et Michel Berger » (Serge Drouin, Le journal Journalec - 9 juillet 2010)

 

Repris ici.

 

Luc Plamondon évoque le projet d'Haiti en Scène ici

 

Festival d'été to double as Haiti fundraiser
BY KEVIN DOUGHERTY, MONTREAL GAZETTE JULY 8, 2010



QUEBEC- Luc Plamondon hummed along Thursday as 10 singers from the Port-au-Prince troupe Haïti en scène sang a cappella versions of two Plamondon classics: Le monde est stone and Ce soir, on danse à Naziland

The performance was a foretaste of Thursday night's show opening Quebec City's annual Festival d'été, which will double as a fundraiser.

After the show, spectators can make cash donations as they leave the Plains of Abraham site.

The money will go to the Francophonie organization to rebuild schools and libraries in earthquake-shattered Haiti.

Also at the opener will be stars in the francophone firmament from both sides of the Atlantic.

From France, the performers include Michel Fugain, Gérard Lenorman, and Zaz.

From Quebec, Gilles Vigneault, Corneille, Roch Voisine, Diane Tell et Ariane Moffatt will be among those singing.

This is the 42nd Festival d'été and this year's summer festival has drawn fire from language hawks.

In addition to well-known French acts, this year's lineup of about 300 acts includes The Arcade Fire, The Black Eyed Peas, Iron Maiden, Jordan Officer and Jello Biafra and the Guantanamo School of Medicine.

kdougherty@thegazette.canwest.com

© Copyright (c) The Montreal Gazette

 

Starmania - TOHU 2010

Tohu - Montréal 2008

 

Articles en ligne

 

Alter Presse

RFI (à écouter également ici par exemple)

Le nouvelliste (Port au Prince)

La presse Marie Christine Blais (repris dans le Nouvelliste)

Radio Canada & Une émission de radio de Radio Canada

Journal de St-Michel (Quartier de Montréal)

Haïti-Spectacle: Starmania, version haïtienne, attendu au Canada du 26 au 30 mars prochains
by Haiti Press Network

Posted: Mar 19, 2008 18:41 UTC

PORT AU PRINCE (HPN) - Le rock opéra Starmania, version revisitée par la troupe Haïti en scène, sera présenté à la Tohu au Canada du 26 au 29 mars et en supplémentaires le 29 mars le 30 mars, a informé la troupe dans un communiqué.

Starmania est « un spectacle en Français avec une touche de créole qui trace un parallèle saisissant entre les réalités de Monopolis et de Port-au-prince : Insécurité, pouvoir résistance, chaos, rêve, jeunesse, fougue et désillusion », lit-on dans le communiqué.

Ce spectacle est un projet qui sera présenté au Canada sous la présidence d'honneur de la gouverneure générale Michaelle Jean, le parolier Luc Plamondon et l'artiste canadien d'origine haïtienne Luck Mervil.

Les bénéfices recueillis avec la vente des billets qui sont vendus au prix de 35 dollars, seront versés à l'organisme FOSAF de Jacmel et serviront à soutenir la venue d'une délégation de jeunes artistes haïtiens pour la Falla 2008, grande fête de fin d'été à la Tohu.

« Les préparatifs au Canada se portent bien. La vente des billets a été excellente suite à la conférence donnée avec Luc Plamondon, affirme pour sa part le metteur en scène de la troupe Bertrand Labarre. La TOHU, l'organisme qui nous a invité et qui organise tout l'événement était même surpris de la rapidité avec laquelle le public s'est jeté sur les billets dans les points de vente. »

Bertrand Labarre souligne que techniquement les professionnels de la Tohu sont de grands professionnels et que les préparatifs pour le son, la lumière, la scénographie sont déjà bien avancés.

« C'est absolument génial de travailler dans ces conditions. J'aime les voir s'impliquer dans la réussite intégrale du projet. C'est un grand moment de travailler avec des gens aussi forts dans leur domaine. L'ingénieur du son est tout simplement... celui de Luc Plamondon pour ses propres spectacles » ajoute-t-il plus loin, assez fier.

La Tohu bénéficie du soutien de SSQ groupe financier, partenaire principal du gouvernement du Canada, des ministères de la culture, des communications et de la condition féminine du Québec, du ministère des affaires municipales et des régions du Québec et de la ville de Montréal ainsi que de la presse : Metromedia Plus, le Réseau Admission, Uranium Design, Univins, les Brasseries McAuslan, les thés Four O'Clock et Energizer.

leopoldcine@yahoo.fr

LC / MB

 

 

 

 

Starmania, version haïtienne

 

 

 

 

 

 

 

La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, a assisté au spectacle Starmania présenté par la troupe Haïti en scène, en 2006. Vivement impressionnée par cette représentation, elle incite Luc Plamondon et les gens de la Tohu à produire ce spectacle au Canada. Voilà qui est fait.

Plus de 30 ans après sa création, Starmania, la comédie musicale de Luc Plamondon et Michel Berger, revient à Montréal dans une version revisitée par la troupe Haïti en scène, de Port-au-Prince, avec 12 chanteurs, six musiciens et sept danseurs.

Certaines chansons seront interprétées en créole, le rythme de la musique sera nettement plus latin, mais l'histoire demeure la même dans ce spectacle qui sera présenté à la Tohu du 26 au 29 mars 2008.

Les profits de cette série de spectacles seront versés à la troupe semi-professionnelle qui évolue avec peu de moyens dans un contexte pour le moins chaotique.

La Tohu, qui met sur pied des projets artistiques dont la portée sociale est indéniable, s'était rendue en Haïti en 2006, peu après le passage de Michaëlle Jean, pour y réaliser une Falla.

Cette fête de fin d'été qui rassemble les Montréalais depuis quatre ans, et où l'on brûle des sculptures de bois et de papier, a permis à l'équipe de la Tohu de fraterniser avec les artistes haïtiens et d'assister à une représentation de Starmania, qu'on a d'ailleurs enregistré sur vidéo.

Luc Plamondon ne s'est jamais rendu en Haïti mais a été fortement impressionné par ce qu'il a vu sur cette vidéo. «Ce sont des artistes amateurs mais j'ai été touché par leur talent, leur rythme, leur beauté. Ils s'investissent totalement dans le spectacle et ils mettent tout leur coeur et toute leur âme à incarner les personnages de Starmania) comme s'ils jouaient leur vie. On parle de la misère dans ce spectacle mais finalement on montre aussi l'espoir.»

Le Français Bertrand Labarre, qui séjourne en Haïti depuis plusieurs années, signe le spectacle alors que Jean René Delsoin dirige les chorégraphies. Les jeunes artistes haïtiens ont été, pour leur part, touchés par les réalités de Monopolis, la ville capitaliste et sauvage de Starmania.

La capitale haïtienne, où luttes de pouvoir, insécurité, chaos, résistance, rêves de jeunesse, fougue et désillusions sont légions, ressemble un peu à la ville imaginée par Plamondon.

Michaëlle Jean, la gouverneure générale du Canada, Luc Plamondon et Luck Mervil seront les présidents d'honneur de l'événement qui devrait attirer une bonne partie des 120 000 Haïtiens qui font partie de la communauté montréalaise et de tous ceux qui désirent découvrir la créativité des artistes de Port-au-Prince.

 

Jean Beaunoyer
La Presse

Showbizz québécois
Starmania: Luc Plamondon se dit ravi de la version haïtienne Le 15 janvier 2008 - 13:34 Presse Canadienne
Par Rollande Parent.

 

Luc Plamondon est ravi de la version haïtienne de Starmania mise en place à Port-au-Prince et qui sera présentée à Montréal à la fin de mars, grâce aux efforts menés en ce sens par la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean.

Charmée par la prestation d'une troupe d'amateurs haïtiens qui interprétaient l'opéra rock à Port-au-Prince en 2006 alors que Mme Jean y était en mission officielle, celle-ci a entrepris des démarches pour que ses compatriotes viennent se produire sur la scène montréalaise de La Tohu, située en plein coeur de la diaspora haïtienne. L'événement aura lieu du 26 au 29 mars.

En conférence de presse, mardi, Luc Plamondon a indiqué avoir été bien intrigué, il y a un an, quand il a reçu une invitation à prendre le thé de la part de la gouverneure générale qui lui a, pour ainsi dire, passé une commande. Sous la pression de Mme Jean, il a obtenu sans peine le soutien de Luck Mervil et des gens de La Tohu. Le projet était lancé.

"Des musiciens professionnels et des artistes, tous des Noirs, c'était le rêve de Luck Mervil. Il est tellement content. Il sera de retour du Brésil pour la première, à la fin mars", a indiqué Plamondon.

Le parolier a vu sur vidéo le spectacle haJitien et il en est enchanté. "Ca change le feeling dans le chant, la musique, la danse. On a l'impression de regarder des clips de MTV. C'est une production très moderne. Ce n'est pas timide, au contraire. Ces jeunes ont 20 ans, ils ont des corps incroyables. Ils bougent. C'est sexy. Il ne faut pas penser qu'on va voir un spectacle misérable, au contraire. Ca explose. C'est plein de vie. On a l'impression qu'ils chantent leur espoir", a-t-il déclaré.

Le spectacle d'origine avait nécessité une préparation d'une année, pour quatre représentations de deux heures et demie chacune. Des ajustements ont été faits pour ramener le spectacle à deux heures. Quatre représentations sont prévues pour Montréal et Luc Plamondon souhaite que ça ne s'arrête pas là. "Ce serait bien qu'ils présentent le spectacle en France, dans un festival", a-t-il mentionné.

Créé il y a 30 ans, Starmania a été monté des centaines de fois par des troupes d'amateurs. La version revisitée par Haïti en français avec une touche de créole lui semble "très spéciale".

"Elle est très spéciale en raison de la distribution entièrement noire qui amène un feeling différent pour la danse et la musique et pour le chant", a-t-il commenté.

Les artistes haïtiens ont démontré qu'ils avaient du souffle. "Ils ont fouillé dans toutes les productions et ils ont repris des scènes de Starmania qui ne sont plus jouées depuis dix ou 20 ans. A chaque fois qu'on monte Starmania, on a tendance à raccourcir. Il y avait de très bonnes scènes dans la production de 1979 qu'ils ont reprises", a signalé Plamondon.


© La Presse Canadienne, 2008

 

mardi 25 mars 2008
Starmania haïtien: en passant par Port-au-Prince...

 

 

On connaissait le Starmania original, le Starmania deuxième génération, le Starmania anglais (Tycoon) le Starmania symphonique et le Starmania 100% parisien. Mais un Starmania haïtien, ça, on ne l'avait pas vu venir.


Créée par la troupe de Port-au-Prince Haïti en scène, cette version antillaise du célèbre opéra rock de Luc Plamondon et Michel Berger existe pourtant bel et bien. Et elle sera présentée pour la première fois cette semaine à Montréal, à la Cité des arts du cirque (La TOHU).
Pour une curiosité, disons que c'en est toute une. Starmania est un classique du patrimoine populaire franco-québécois. Qu'il soit revisité à la sauce créole ne peut que surprendre et susciter l'intérêt. Car si cette comédie musicale a vécu plusieurs vies depuis sa création en 1978, jamais, au grand jamais, n'avait-elle connu d'incarnation aussi exotique. Imaginez. Le businessman poussant son blues sur des rythmes kompa. Ou la serveuse automate chantant sa «stonitude» en créole
On a beau nous prévenir que ce Starmania haïtien est exécuté par une troupe amateure (12 chanteurs, six musiciens, sept danseurs en tout), il n'en demeure pas moins que le concept est intriguant, voire rafraîchissant - au moins sur papier.
Pas étonnant que les billets se soient vendus aussi vite. Trois représentations sur quatre affichant déjà complet, les producteurs du spectacle (La TOHU) n'ont pas eu le choix d'ajouter des supplémentaires les 29 et 30 mars, incluant deux spectacles en après-midi.


«Les miracles existent, je le confirme», résume le metteur en scène Bertrand Labarre, visiblement surpris par tout le chemin parcouru.


«Français blanc égaré en terre haïtienne», comme il aime à se décrire, M. Labarre est celui sans qui ce projet n'aurait pas vu le jour. Car c'est lui qui a fait découvrir Starmania à ses partenaires de Port-au-Prince. «Ils ne connaissaient pas; ils ont aimé», résume-t-il.
Il n'en fallait pas plus pour que la troupe Haïti en scène s'approprie ledit opéra-rock en lui donnant bien sûr une grosse touche locale. Car il était hors de question, précise M. Labarre, de faire un simple remake sans y mettre son grain de sel. «Haïti est une terre de musique et de rythme. Il fallait intégrer cette couleur au Starmania original.»
Présenté un peu partout en Haïti, le spectacle a finalement été vu par Mo Carpels de La TOHU, pendant un événement présenté à Jacmel en 2006. Charmé par le résultat, ce dernier a convaincu son boss, Charles-Mathieu Brunelle, de produire la comédie musicale à Montréal.


Des résonances haïtiennes
Pour La TOHU, on peut parler d'un arrimage naturel. Bien implantée - et impliquée - dans le quartier Saint-Michel, la Cité des arts du cirque vit, bouge, embauche et respire au coeur de la communauté haïtienne de Montréal. Depuis sa fondation en 2004, la compagnie a par ailleurs démontré un net penchant pour les projets artistiques ayant une portée sociale.
Or ce Starmania haïtien, vous vous en doutez bien, est beaucoup plus qu'une simple comédie musicale. D'abord parce que les profits du spectacle seront versés à un organisme socio-culturel de Jacmel. Mais aussi - et surtout - parce que l'oeuvre de Berger-Plamondon s'avère particulièrement «parlante» dans le contexte haïtien actuel.


Pour Bertrand Labarre, pas de doute: les parallèles entre la capitale haïtienne et la ville fictive de Starmania, sont extraordinairement nombreux.
«Port-au-Prince n'est certes pas Monopolis, avance le metteur en scène. Mais son vécu s'en rapproche. C'est une ville déchirée dans un monde sans futur ni espoir, devenu violent et nihiliste par la force des choses Monter un spectacle de cette renommée dans un endroit comme Haïti n'avait de sens que si l'on y cherchait des résonances entre le livret et la situation actuelle dans le pays.»


Grosse pression?

Reste à voir ce que tout cela donnera sur scène. Malgré tout le bien fondé du projet, on devine que la pression sera énorme sur les épaules de la troupe Haïti en scène. Car produire Starmania en Haïti, c'est une chose. Mais le présenter à Montréal, devant son «public-mère», c'en est une autre! «Ne pas décevoir les connaisseurs, les fans, est pour nous un challenge, admet Bertrand Labarre. Mais il n'est pas question pour nous de chercher à entrer en comparaison avec les troupes professionnelles qui ont déjà interprété le spectacle. Les moyens qu'elles avaient correspondaient à 10 ou 20 fois les nôtres.En revanche, jamais vous n'aurez vu un Starmania comme celui-ci, avec un souffle où l'on sent à la fois la richesse culturelle d'Haïti et la souffrance d'un peuple tourné en permanence vers la survie. Nos jeunes artistes ont en eux cette énergie. Les artistes professionnels du Canada seraient obligés de l'inventer»
À noter que le spectacle sera donné sous la présidence d'honneur de la gouverneure générale Michaëlle Jean, du chanteur d'origine haïtienne Luck Mervil et du parolier Luc Plamondon.
Starmania, une version revisitée par Haïti en scène de Port-au-Prince, les 26, 27, 28 et 29 mars à 20h. Supplémentaires 29 mars 14h, 30 mars à 14h et 20h.

 

 

Jean-Christophe Laurence (Extrait de La Presse samedi 22 mars 2008)

Starmania builds a bridge from Haiti to Montreal


TOHU residency marks the first time many of the performers have left their native land
KATHRYN GREENAWAY, The Gazette
Published: Monday, March 24

There have been dozens of versions of the Quebec rock opera Starmania in its 30-year history. But only one of those versions is sung in both French and Creole.
The Haiti en scène troupe's adaptation of Starmania opens at TOHU on Wednesday. Tickets sold so fast, three shows have been added to the show's run.
TOHU is located in the St. Michel district, a neighbourhood with a significant Haitian-Canadian population.
"The community is proud to have (the company) perform here," said Mo Carpels, TOHU's assistant director of programming and assistant to the general director. "When Haiti makes the news, it's often in not the most positive way. This is news that makes them proud of their country of origin."
This is the first time most of the production's 37 artists have left Haiti. "We're making sure they have warm clothing," Carpels said. "It will be a shock for them on many levels, not just the weather. They have never done so many shows in a row and will be performing to sold-out audiences. The stage is also round, a new configuration for them to get used to."
Rehearsals and performances will keep the artists very busy, but they have the opportunity to play tourist during a couple of rehearsal-free afternoons.
"We want them to go home with an impression of Montreal," Carpels said.
Starmania's storyline grapples with issues of power and resistance, disillusion and chaos - issues that resonate worldwide.
The production's creative team includes director Bertrand Labarre, choreographer Jean René Delsoin, musical directors Joël Widmaier and Raoul Denis Jr. and vocal coach Stevenson Théodore.
The push to bring the Haitian version of Starmania to Montreal began two years ago after Governor-General Michaëlle Jean saw the show during an official visit to Haiti.
She returned to Montreal and met with Luc Plamondon - who created Starmania with the late Michel Berger - and TOHU CEO Charles-Mathieu Brunelle to discuss bringing the show here.
TOHU is dedicated to local and international social outreach initiatives, and was keen to participate in a cultural project that would forge a creative bridge between Quebec and Haiti.
The cultural exchange began in December 2006, when TOHU and the outreach organization FOSAJ (based in Jacmel, Haiti) organized a burning of the Falla in Jacmel, with the participation of Wyclef Jean - a musician with strong links to Montreal's Haitian community - plus young Canadian and Haitian artists.
The Falla is a sculpture created collectively using papier mâché and wood. It is burned during a celebration designed to bring people together in harmony.
This summer, TOHU's Falla burning in St. Michel will be attended by young artists from Haiti.
"The cultural bridge (TOHU and Haiti) has forged is a two-way street," Carpels said. "It's been an enriching experience for both sides."
Proceeds from Starmania ticket sales go to FOSAJ to help fund its education-through-arts initiatives.
Starmania is at TOHU, 2345 Jarry St. E., from Wednesday to Sunday. Tickets cost $35, and are available through Admission outlets (514-790-1245, www.admission.com) and the venue (514-376-8648, www.tohu.ca). Tickets remain for performances Saturday at 2 p.m. and Sunday at 2 and 8 p.m.

 

kgreenaway@thegazette.canwest.com

© The Gazette (Montreal) 2008

 

Port au Prince - 2006

 

Articles en ligne

 

 

 

Le Monde évangélique

 

 

Le Nouvelliste (Port au Prince)

29 novembre 2005

25 Avril 2006

09 mai 2006


 

 

 

Starmania, une version haïtienne en perspective

 

 


Actuellement au stade de recrutement et d'audition des artistes, les organisateurs du spectacle "Starmania" sont plus que déterminés à adapter cet opéra rock franco-canadien à la réalité haïtienne. La grande première est prévue pour le mois de mai 2006.



Haïti: Starmania est l'un des premiers projets de "Haïti en scène", une nouvelle institution dans le paysage artistique haïtien. Cette association ne se conçoit pas comme une école d'art. Elle vise à travers les arts de la scène: chant, danse, musique, acrobatie, mime, (...), à faciliter nos talentueux artistes, encore inconnus, à se mettre en valeur.

"L'idée de créer "Haïti en scène" vient de l'observation de deux choses. J'ai pu remarquer, d'une part, qu'Haïti a des talents incroyables. C'est un vrai pays d'artistes. Il ne manque que des institutions pour les encadrer. Le public haïtien, d'autre part, aime les spectacles et sait apprécier les bonnes et nouvelles choses", raconte Bertrand Labare, coordonnateur de cette association, dans une interview accordée au journal.

Derrière "Haïti en scène", des artistes et personnalités de renom du monde culturel haïtien se cachent. Parmi ces personnalités citons, entre autres, Joël Widmaier, directeur artistique ; Théodore Stephenson, maître de chant et Jean René Delsoin, responsable des chorégraphies.

Quid de Starmania ?

Cet opéra rock franco-canadien a été écrit en 1979 par Luc Plamondon, auteur du Notre-Dame de Paris, et le compositeur Michel Berger. L'histoire est simple et vivante. Elle présente une galerie de personnages, en l'an 3000, dans une ville extrêmement futuriste en pleine campagne électorale. Une élection qui vise à élire le président de l'occident.

Pour exprimer leurs désaccords, des voyous, mieux connus sous le nom de "étoiles noires", tentent de déstabiliser le processus électoral. Ils posent des bombes partout. Cette bande regroupe des gens assez désespérés qui clament leur malheur à travers le terrorisme.

Pour traduire l'histoire combien intéressante, "ziggy", "stone", "quand on arrive en ville", "la complainte de la serveuse aux tomates", "j'aurais voulu être un artiste" et d'autres chansons très connues, seront interprétées.

La ramener au contexte haïtien

En vue d'haïtianniser la dramatique, les responsables de "Haïti en scène" maintiennent contact avec un écrivain haïtien très connu. "Pas question de faire un spectacle reflétant les couleurs et le style franco-canadiens en Haïti. On va créoliser les chansons en faisant appel à l'histoire et à la culture haïtienne", relâche Bertrand Labare, un habitué dans l'organisation de spectacle dont le plus récent est "les enfants d'Alexandre Dumas chantent Georges Brassen".

Pour la réalisation de ce projet, "Haïti en scène" fait appel à des artistes qui feront également de la figuration. " On va les perfectionner dans ce qu'ils savent déjà faire, voilà pourquoi une audition est réalisée avant de les recruter", soutient-il

Au niveau organisationnel, les responsables de cette association promettent une prouesse technique. Dans un décor très vivant, le spectacle se joue en deux actes pendant deux heures d'affilée. Pas une seconde de répit, des chorégraphies de danses, chants, mimes,... tout passe. Un spectacle vivant et rythmé du calibre du Notre-Dame de Paris. Pour y arriver, dit Bertrand Labare, il faut un vrai travail d'équipe.




Jean Gardy Gauthier

gauthierjeangardy2001@yahoo.fr

Répétition de danse par Jean René Delsoin


«Starmania » : être des stars ou rien du tout

 


Haïti: «Starmania » est un rock-opéra intégralement chanté, comportant des parties jouées, signé par Michel Berger (musique) et par le célèbre auteur de Notre Dame de Paris, Luc Plamondon (livret et paroles). Créé le 19 avril 1979 au Palais des congrès de Paris avec Daniel Balavoine, Claude Dubois, Diane Dufresne, Eric Esteve, France Gall, Fabienne Thibeault et Nanette Workman, le projet a été lancé depuis tantôt 4 mois ici à Port-au-Prince par Haïti en Scène. Haïti en Scène est une association oeuvrant dans les arts scéniques (le chant, la danse, le théâtre, la musique) avec des professionnels de grosse pointure tels que : Jean-René Delsoin (chorégraphe, danseur, directeur de l'école JRD), Théodore Stevenson (maître de chant, professeur de musique, directeur de chorale) et Bertrand Labarre (professeur au Lycée Alexandre Dumas, metteur en scène).

 

 

Les « Starmanias» ont effectué leur première sortie à la fin de l'année 2005 au cours d'un pique-nique. Un tête-à-tête avec journalistes, photographes et organisateurs de cette comédie musicale franco-canadienne en cours d'adaptation en Haïti. Une belle rencontre entre les chanteurs et les danseurs qui devront également jouer, une fois entrés dans la peau de leurs personnages respectifs après la distribution des rôles.

 

Midi. L'attente à l'école JRD, rue Clerveaux, à Pétion-Ville. Dans quelques instants, on devra se rendre tous dans les hauteurs de Fort Jacques. L'ambiance est forte. Les musiciens, danseurs, chanteurs sont là depuis déjà plusieurs heures. La perfection oblige ! Le seuil de la barrière de l'école franchi, on tombe tout de go sur les danseurs dirigés par Jean-René Delsoin. Quelques figures, même mollement esquissées, donnent une idée de l'envergure du projet « Starmania » . Sur le plancher de bois, devant les miroirs, pieds nus, le corps moulé dans les habits, ceux qui ont été retenus au cours de l'audition organisée en octobre dernier essayent de donner la mesure de leurs talents, de mémoriser, sans efforts, les pas, de rester à l'instar de quelques funambules sur le fil de la chorégraphie du maître. Ils dansent, filles et garçons, au rythme des morceaux gravés sur l'album de cette comédie musicale qui a fait plus de 5 millions de spectateurs dans le monde en 20 ans. Déjà imprégnés par les notes, les sonorités de la musique, ils tracent avec leurs mains et leurs pieds des kilomètres d'arabesques, laissant parler leurs corps. A chaque bavure, tout le monde recommence, se courbant aux exigences du prof.

Dans l'arrière-cour, sur un petit podium, les chanteurs font jouer les cordes de leur voix. Avec, bien sûr, une posture, un port de tête qui disent long sur leurs rêves, leurs aspirations de se retrouver déjà sur les planches du Rex, à Jacmel ou à Jérémie ou encore dans les Antilles françaises. Certains sont issus de l'Ecole nationale des Arts (ENARTS), du milieu évangélique, habitués au Gospel, à l' A Capella. D'autres sont des bêtes de concours comme Didis Emmanuel ou Elisabeth Pierre ou encore des voix qui se font peu à peu connaître dans le monde de la chanson comme Nadège Dugravil. Ils chantent des chansons qu'ils fredonnent depuis un bail sans savoir si elles étaient tirées de «Starmania » (comme « Ziggy, un garçon pas comme les autres » interprété Céline Dion ou « Underground Café » et tant d'autres).

 

 

le Staff sur les hauteurs de Port au Prince

Beaucoup d'énergie, de zèle chez les deux groupes. Aujourd'hui est un jour de fin de semaine, Dieu merci, et certains d'entre eux ne sont pas obligés de sécher les cours pour participer aux répétitions qui se font trois fois par semaine. Car, selon plus d'un, il faut foncer et faire de grands sacrifices pour arriver à leurs fins compte tenu de l'énormité des travaux à faire avant le spectacle, surtout pour obtenir le meilleur des rôles dont la distribution se fera en février. Mais, en dépit de tout, de la galère, ils ne baissent pas les bras, se disant bigrement déterminés à oeuvrer pour la réussite en Haïti de ce success-story qui a propulsé au devant de la scène pas mal de vedettes un peu partout dans le monde.

 

Le synopsis de « Starmania »

Capitale de l'Occident, Monopolis est le terrain de jeux des Etoiles Noires, le gang de Johnny Rockfort et de Sadia. Quand il ne met pas la ville à feu et à sang, le groupe se retrouve à l'Underground Café. C'est là que travaille Marie-Jeanne, serveuse automate qui nourrit un amour impossible pour Ziggy.

Loin des souterrains, Zéro Janvier, un puissant businessman, annonce sa candidature à la présidence de l'Occident. Fervent opposant de ce dernier, Johnny Rockfort choisit « Starmania», l'émission de Cristal pour exposer ses idées. L'enregistrement est brutalement interrompu par les Etoiles Noires. Malgré leurs différences, Johnny et Cristal succombent au coup de foudre. Jalouse, Sadia se retourne contre Johnny et ses Etoiles Noires...

 

« Starmania » est avant tout un cri, celui de deux jeunes auteurs dans les années 70 effarés par la violence du monde moderne. Ville de gratte-ciel, Monopolis ressemble aux capitales occidentales d'aujourd'hui où vivent les gens aisés et les autres. Deux mondes qui ne se rencontrent jamais, sans heurt. Mais aussi une fable sur le pouvoir des images et le monde de la télévision : les personnages les redoutent (Stella Spotlight fatiguée par les projecteurs et le viol permanent des paparazzi), les utilisent (Johnny Rockfort décidé à crier son désespoir jusque dans le petit écran), les manipulent (Zéro Janvier qui en fait son principal outil de propagande électorale) ou en rêvent (Ziggy, le jeune androgyne, « fashion victim », « consommation addict » et désirant plus que tout devenir une star). « Starmania » propose une réflexion sur leur moralité et le rôle qu'ils jouent dans la perception du monde.


La grande première de « Starmania», comédie musicale du Canadien Luc Plamondon, est annoncée pour le 7 avril au Parc Historique de la canne à sucre et les 5, 6, 7 mai au Rex Théâtre, d'après une mise en scène de Bertrand Labarre, montée par la compagnie Haïti en scène.


Marvin Victor
marvinvictor@lenouvelliste.com

Notre Dame de Paris version créole

 

 

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Site de fan (blog)

Le Nouvelliste (Port au Prince)

Signalfm (Haiti)

Gary Victor, venu applaudir le spectacle au Rex Théatre, s'emportait le lendemain dans Le Matin. Cet immense écrivain haitien voyait dans l'arrêt d'Haiti en Scène le signe d'un énorme gâchis sur la scène culturelle haitienne.

Dire non au Diable !


Il suffit de faire un tour dans nos églises et dans nos temples pour voir avec quelle ferveur les gens attendent la fin du règne du Diable sur Terre. Saint Michel Archange est probablement en ce sens l'un des saints les plus invoqués dans cette lutte entre Dieu et le Diable où, selon l'Apocalypse, l'issue est déjà prévue. C'est peut-être parce que la cause du Diable est entendue que, dans le quotidien, hors des églises, on ne s'empresse pas trop de se serrer les coudes pour combattre le Malin. Notre manière de s'entendre avec le Mal au lieu de l'affronter tout simplement est l'une des curiosités de notre culture. On préfère lui sourire, même voter pour lui, car, de cette manière, on croit que, reconnaissant, il nous laissera un peu d'espace où on pourra à loisir bouffer et forniquer. Un petit sourire au diable, et peut-être acceptera-t-il de rendre moins infernaux nos jours et nos nuits. Celui qui ne fait pas allégeance au Diable, on peut certes le respecter, mais on le considérera comme un peu fou, lunatique, rêveur. On entend ainsi facilement chez nous des réflexions tout à fait étonnantes. On ne votera pas pour quelqu'un parce qu'il est trop sérieux. Trop honnête. Pas assez budgétivore. Yo rele sa isit moun ki pa sèvi !

C'est quand même malheureux qu'il n'y ait pas de sociologues s'attelant à comprendre les mécanismes orientant notre pensée sociale dans le sens de la perpétuation d'un système visant à la destruction des valeurs. Roger Gaillard avait parlé de déroute de l'intelligence. Sauf qu'il y a une autre intelligence. Une intelligence qui brasse les ténèbres. Une intelligence qui peut discourir des années sur la nationalité d'un haïtien où sur l'arrière grand-père d'un Premier ministre désigné pendant que le pays sombre, pendant que des milliers de sacs de charbon de bois sont acheminés vers la capitale comme les funérailles annoncées de notre terre, pendant que des enfants et des adolescents sont enlevés, torturés, assassinés, pendant que notre pays agonise alors que sur la même île, de l'autre côté de la frontière, une nation aborde avec énergie le cap du XXIe siècle.

Les cloportes s'agitent de plus en plus, mais il se passe, malgré tout, des choses intéressantes, des choses qui malheureusement peuvent se révéler éphémères dans un tel climat. J'ai assisté, vendredi soir, au Rex Théâtre, au spectacle Notre-Dame de Paris offert par Haïti en scène. J'ai été sidéré, enthousiasmé par le talent de ces jeunes danseurs, chanteurs et musiciens qui pendant plus de 90 minutes ont émerveillé une salle comble. À voir performer de tels talents chez nous, on comprend le gâchis causé par nos politiciens qui détruisent au jour le jour toutes les possibilités de ce pays. C'est triste de constater ce qu'on pourrait faire avec une autre gouvernance, avec une autre classe politique ! C'est triste de se dire qu'un haïtien n'aurait plus d'hésitation à présenter son passeport à l'étranger avec d'autres dirigeants !

Pendant ce temps, Haïti en scène, malgré le travail remarquable réalisé avec de jeunes créateurs de chez nous, va devoir arrêter l'expérience. Pas de sponsors pour un travail de qualité alors qu'on peut flamber des millions lors de festivités carnavalesques quelconques ou des activités de rue qui n'ont d'importance qu'aux yeux de pouvoirs traditionnels et populistes. Pas d'intérêt manifesté par un ministère de la Culture qui n'existe que de nom.

Si on pouvait bien former les rangs hors des églises pour vraiment rendre la vie dure au Diable! On serait beaucoup plus certain de la fin prévue par l'Apocalypse. Et puis, ce serait la seule manière de prévenir une autre apocalypse, bien réelle celle-ci. La nôtre!




Gary Victor (Le Matin - Mai 2008)

 

En mai 2008, dans une interview à Nancy Roc à Montréal nous évoquions l'arrêt d'Haiti en Scène (qui finalement n'aura jamais lieu...). A cette époque, exsangue sur le plan financier, la compagnie ne pouvait aller plus loin. Toute la bonne volonté des uns et des autres ne pouvait surmonter l'impasse financière.

 

En réalité, nous avons surmonté ces difficultés, pour être encore là aujourd'hui.

 

 

Interview pour Alterpresse


1/ M. Labarre, nous avons appris avec consternation que l'association Haïti en Scène va devoir fermer faute de ressources. Est-ce vrai et pouvez-vous nous expliquer pourquoi cette décision après le succès international de Starmania à Montréal et celui, le week-end écoulé du spectacle « Notre Dame de Paris » ?


Malgré nos succès d'estime sur les spectacles réalisés depuis 2006 et, je crois, la qualité du travail socio-éducatif que nous réalisons auprès de nos jeunes, nous ne sommes jamais parvenus à établir un modèle économique qui nous permettrait raisonnablement de vivre. L'association est tenue à bout de bras par ses fondateurs qui se retrouvent à chaque fois avec des sommes déraisonnables engagées dans une œuvre sociale et artistique. Là où le bien-fondé de notre démarche (s'il existe.... ce qui peut être discuté) devrait lui donner un statut d'ONG oeuvrant pour le bien être en Haiti, Haiti en Scène n'est jamais réellement parvenu à consolider ses rapports avec des acteurs institutionnels majeurs : gouvernement haïtien, USAID, UNESCO, UE, SCAC de l'ambassade de France. Même YELE n'a pas réellement suivi. Les acteurs privés pourtant largement engagés par ailleurs non plus, à ce jour.
Mais cette décision est évidemment révocable. Haiti en Scène a besoin d'avoir une visibilité d'un an pour fonctionner correctement sans mettre en danger sa survie même. 40 000 USD devraient suffir à une année d'activité complète pour 50 jeunes avec spectacle au bout. C'est la condition pour que nous ne soyons pas tout le temps en train de tirer la langue faute de soutien financier.
Je me suis souvent amusé à dire que si nous ne remplissions pas les salles que nous avions décidé d'occuper, il me faudrait prendre l'avion rapidement pour échapper aux créanciers d'Haïti en Scène. Finalement, je ne suis pas tenu à l'exil, mais ça a été « chaud ».... On ne peut raisonnablement continuer dans ces conditions.


2/ Les jeunes comédiens et chanteurs/chanteuses sont-ils au courant ? Quelle a été leur réaction ? La déception a dû être grande après les rêves que le succès de Starmania à Montréal a suscités ?


Ils sont au courant. Ils l'étaient avant que nous ne l'annoncions.
Je ne peux vraiment répondre pour eux. Il faudrait leur demander. La décision n'a pas été facile à prendre. Cette association humaine a noué entre les « coachs » et ces jeunes une relation particulière. Belle je crois. Enrichissante. L'arrêter n'est évidemment pas facile. Et puis, nous nous arrêtons pour une nouvelle équipe, un nouveau recrutement, un nouveau projet. Si Notre Dame de Paris ou Starmania ont un avenir en Haïti ou ailleurs, Haïti en Scène sera heureuse de faire tourner ces spectacles. Ils existent. Ils sont là. Nos jeunes ne sont pas encore lâchés. Mais on ne prévoit pas de nouveaux projets en raison des difficultés évoquées.


3/ On prône souvent en Haïti que si l'on donnait des possibilités aux jeunes, ces derniers éviteraient la délinquance comme seule porte de sortie. Qu'est-ce que ce manque de support de la société haïtienne démontre pour vous aujourd'hui ?


Je ne voudrai pas tirer de conclusions hâtives des difficultés de notre association. Peut-être n'avons-nous jamais su faire jouer les leviers qu'il fallait. Les réseaux ne sont pas toujours aisément accessibles et il est tout à fait possible que les portes ne se soient pas ouvertes car nous n'avons pas su les ouvrir. Mais nul ne pourra nous reprocher d'avoir essayer : le nombre de dossiers et lettres, emails envoyés est aujourd'hui incalculable.
Ceci dit, je suis un peu circonspect sur les remarques gentilles voire dithyrambiques que nous avons souvent reçues depuis 3 ans alors que dans le même temps on nous apportait une fin de non recevoir lorsque nous expliquions qu'il nous fallait de l'argent pour poursuivre. Je ne dirais pas qu'il s'agit d'hypocrisie ; ce serait détestable et triste pour la jeunesse haïtienne. Elle est, vous le savez bien, au centre de tous les discours actuels. Mais est elle alors au centre des préoccupations des acteurs socio-politiques de la société haïtienne. En fait, il n'y a pas de « bonnes dates » en Haïti. Tout simplement jamais de bonne date. Les acteurs publics et privés s'estiment toujours sur d'autres objets, d'autres centres d'intérêt, d'autres œuvres sociales voire d'autres évènements culturels. Quand ce n'est pas l'angoisse liée à un événement politique négatif, type manœuvre politicienne avec répercussions dans les rues. Evènement virtuel ou réel d'ailleurs.
Je me demande si cette approche en termes de mauvaises dates n'est pas révélatrice d'un mal être profond face au présent et, pire, au futur, fut-il proche. Se lancer dans un projet qui ne verra le jour que dans 7 mois est impensable pour de nombreux acteurs culturels ou financiers. En Haïti, il est tellement difficile de voir les choses positivement, que nos interlocuteurs ont toujours eu du mal à nous suivre. Du coup, ce sont les jeunes que nous encadrons qui en deviennent les victimes naturelles.


4/ Avez-vous eu recours à d'autres partenaires ? Luc Plamondon, Luck Mervil ou la Gouverneure Générale ne peuvent-ils pas vous aider à trouver des fonds ? Quelle autre démarche avez-vous entrepris ?


Les trois personnes que vous citez ont déjà beaucoup fait pour Haïti en Scène (pour Haïti « sur la scène » montréalaise). Elles ont rendu possible l'impossible : faire jouer une troupe amateur sur une scène professionnelle montréalaise avec une couverture médiatique impensable a priori. Peut-être, sans doute, notre collaboration ne s'arrêtera pas là : tous, nous aimerions repartir en tournée au Canada ou ailleurs, faire vibrer le cœur d'un public francophone et créolophone. Que ce soit avec Starmania ou Notre Dame de Paris.
Nous ne sommes pas entrés en contact avec eux sur la période récente.
Peut être devrions nous...


5/ Quelle est la leçon que vous tirez de vos efforts pour Haïti et de vos rêves ( et ceux des jeunes ) qui tombent aujourd'hui à l'eau ?
Je ne veux pas parler de rêves qui tombent à l'eau. Ce que nous avons fait, nul ne pourra l'enlever. Ces jeunes ont vécu un rêve, une aventure humaine, ils ont fait des rencontres magnifiques. Ils se sont formés. Ils ont un CV fort. Rien de cela ne leur sera jamais retiré. Nous jouons le rôle du semeur. Le ciel voire d'autres jardiniers pourront toujours récolter. De toute façon, Haïti en Scène n'a pas vocation à suivre des années durant les jeunes qui sont venus à elle. Nous semons dans les cœurs et dans les têtes, nous professionnalisons.


6 / Le dernier mot ?

Merci, Nancy Roc.

 

Montréal, le 26 mai 2008.

 

Hommage à Michel Sardou
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Karibe Convention Center Aout 2009

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Nous sommes intégrés de bas en haut : encadrant au sein d'ateliers d'épanouissement artistique des jeunes logés en "logements provisoires" , nous développons une création originale autour du "Musical" de Broadway.

 

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